Le système de plancher constitué de poutrelles préfabriquées et d’entrevous, communément appelés hourdis, représente une technique de construction particulièrement répandue en France. Utilisée aussi bien dans la construction de maisons individuelles que lors de la rénovation de bâtiments anciens, cette méthode offre une grande souplesse de mise en œuvre et s’adapte à de multiples configurations structurelles. Elle convient parfaitement aux maisons individuelles groupées, aux logements collectifs, aux établissements recevant du public (ERP) ainsi qu’aux extensions et surélévations.

Réponse directe : l’essentiel en un coup d’œil
Le plancher poutrelle-hourdis est un système de plancher préfabriqué composé de poutrelles en béton (armé ou précontraint) qui forment l’ossature porteuse, d’entrevous (hourdis) servant de coffrage perdu, et d’une dalle de compression en béton armé coulée sur place (d’une épaisseur minimale de 4 à 5 cm). Les poutrelles doivent s’appuyer sur les murs porteurs sur au moins 5 cm. L’étaiement temporaire est obligatoire dans la majorité des configurations pendant le coulage et doit être maintenu durant 21 à 28 jours, le temps que le béton atteigne sa résistance optimale.
Les composants du plancher hourdis
Le système de plancher repose sur l’association de plusieurs éléments manufacturés et coulés sur place qui travaillent de manière solidaire pour assurer la stabilité du bâtiment.
Les poutrelles porteuses
Les poutrelles constituent l’ossature primaire du plancher. Elles sont chargées de reprendre le poids propre des éléments de coffrage ainsi que la dalle de compression, avant de transmettre ces efforts vers les murs porteurs ou les poutres principales. On distingue principalement deux catégories de poutrelles :
- Les poutrelles en béton armé : dotées d’une armature métallique interne coulée en usine, elles conviennent aux portées standards.
- Les poutrelles en béton précontraint : soumises à une tension initiale lors de leur fabrication par torons d’acier, elles offrent une plus grande rigidité. Cette caractéristique technique permet de franchir des portées plus importantes et, dans certaines configurations, de limiter ou de supprimer le recours aux étais durant la phase de coulage.
L’entraxe entre deux poutrelles varie généralement selon les recommandations des fabricants, se situant le plus souvent dans une plage comprise entre soixante et quatre-vingts centimètres. Cet espacement détermine la largeur des entrevous à installer.
Les hourdis ou entrevous
Les hourdis servent de coffrage perdu entre les poutrelles. Ils supportent le poids du béton frais pendant la phase de coulage de la dalle de compression. Contrairement aux poutrelles, les hourdis n’ont pas de fonction porteuse définitive une fois le béton durci, mais leur choix technique influence directement les performances thermiques et acoustiques de la structure.
Le ferraillage de liaison
Le béton résistant très bien à la compression mais faiblement à la traction, l’ajout d’armatures en acier est indispensable. Ce ferraillage comprend :
- Le treillis soudé, disposé sur toute la surface pour armer la dalle supérieure.
- Les chaînages périphériques et les liaisons mécaniques qui solidarisent le plancher avec les murs porteurs du bâtiment.
- Les armatures de renfort, chapeaux droits ou chapeaux crossés posés au droit des appuis.
La dalle de compression
Coulée in situ sur l’ensemble constitué par les poutrelles et les hourdis, cette dalle en béton lie tous les éléments entre eux. Elle assure la répartition homogène des charges de surface vers les poutrelles et garantit la planéité du support fini. L’épaisseur minimale de cette dalle de compression en béton armé est généralement de 4 à 5 cm au-dessus des entrevous, mais elle peut être remplacée par un béton de fibres sous avis technique spécifique.
Dimensionnement et calcul des charges
Un dimensionnement rigoureux est requis avant tout démarrage de chantier afin de garantir la pérennité de l’ouvrage et de prévenir l’apparition de désordres structurels comme les fissures ou les flèches excessives.
Les charges permanentes
Les charges permanentes englobent le poids de tous les éléments fixes qui pèseront en permanence sur la structure. Cela comprend :
- Le poids propre des poutrelles et des hourdis.
- La masse de la dalle de compression en béton.
- Le poids des revêtements de sol (chape de ravoirage, carrelage, parquet, isolation acoustique sous chape).
- Le poids des cloisons distributives et des plafonds suspendus.
Les charges d’exploitation
Ces charges variables correspondent à l’usage prévu pour le local. Elles représentent le poids des personnes, du mobilier et des équipements mobiles. Dans le cadre d’un usage d’habitation classique, les normes de calcul prévoient généralement des valeurs d’exploitation minimales pour couvrir ces besoins courants. Pour les combles aménagés, les greniers destinés au stockage ou les locaux à usage de bureaux, ces valeurs doivent être réévaluées à la hausse pour s’adapter aux sollicitations réelles.
Les exigences de portée et d’appui
La portée utile correspond à la distance libre entre les murs porteurs. Plus la portée est grande, plus la hauteur du plancher (combinaison de la hauteur de la poutrelle, de l’entrevous et de la dalle) doit être importante pour limiter la déformation.
Les appuis des poutrelles sur la maçonnerie doivent respecter des longueurs minimales d’au moins 5 cm définies par les règles de l’art pour éviter tout risque de glissement ou de poinçonnement localisé des blocs de mur. Ces valeurs d’appui varient selon la nature du matériau support, qu’il s’agisse d’un mur en blocs de béton, en briques de terre cuite ou en béton armé.
Choix des hourdis selon les performances
Le choix du matériau des entrevous dépend principalement de la destination du plancher (vide sanitaire, plancher intermédiaire, combles) et des exigences réglementaires en matière d’isolation thermique ou d’affaiblissement acoustique.
Les entrevous en béton ou terre cuite
Ces éléments traditionnels apportent de la masse au bâtiment. Ils sont particulièrement adaptés pour les planchers intermédiaires où l’on recherche une bonne isolation acoustique contre les bruits aériens et une inertie thermique permettant de réguler les variations de température intérieure. Les modèles en terre cuite offrent une excellente durabilité, un bon déphasage thermique et limitent les transferts d’humidité.
Les entrevous en polystyrène expansé
Très légers, ces hourdis intègrent une fonction d’isolation thermique par le bas. Ils sont recommandés pour la réalisation de planchers sur vide sanitaire ou sur locaux non chauffés (comme un garage ou un sous-sol). Ils permettent de limiter les déperditions de chaleur vers le bas sans nécessiter la pose d’un isolant rapporté sous chape. Certains modèles disposent d’une sous-face plane ou d’une languette qui recouvre totalement la sous-face de la poutrelle afin d’éliminer les ponts thermiques linéiques. Il existe également des versions éco-conçues à base de polystyrène recyclé (contenant au moins 95 % de billes recyclées) pour répondre aux exigences de la RE2020.
Les entrevous en bois ou matériaux biosourcés
Conçus à base de fibres de bois, de copeaux compressés ou de contreplaqué, ces hourdis représentent une excellente alternative pour les chantiers axés sur la réduction de l’empreinte carbone et la rénovation. Ils procurent une isolation thermique intermédiaire, sont extrêmement légers à manipuler, faciles à découper et facilitent grandement la fixation des suspentes de plafonds suspendus en sous-face.
Les entrevous en plastique recyclé ou matériaux légers
Leur principal atout réside dans la légèreté et la facilité de manutention. Livrés sous forme d’éléments emboîtables ou empilables, ils réduisent considérablement le volume de stockage sur chantier et l’effort physique lors de la pose, ce qui diminue la pénibilité pour les compagnons.
Étapes de mise en œuvre pas à pas
La pose d’un plancher poutrelle-hourdis exige méthode et rigueur à chaque étape pour assurer la conformité de l’ouvrage fini.
Chronologie des opérations de pose
Voici la liste des étapes indispensables pour mener à bien le chantier :
1. Contrôle des appuis et traçage : Vérification de l’arase des murs porteurs et traçage de l’entraxe.
2. Pose de la première poutrelle : Positionnement à l’axe défini sur le plan de pose.
3. Positionnement des poutrelles suivantes : Ajustement de l’écartement par la mise en place des entrevous de rive.
4. Mise en place de l’étaiement : Installation des files d’étais au contact de la sous-face des poutrelles sans les soulever.
5. Mise en place de l’ensemble des entrevous : Remplissage complet des travées.
6. Mise en place des armatures : Pose du treillis soudé, des chaînages et des chapeaux d’acier.
7. Coulage de la dalle de compression : Répartition et lissage du béton en une seule opération.
Préparation et traçage
Avant d’approvisionner les matériaux, il convient de contrôler l’arase des murs porteurs. Le niveau supérieur doit être parfaitement horizontal et propre. Un traçage rigoureux au cordon permet de matérialiser l’implantation des poutrelles en respectant scrupuleusement l’entraxe prévu par le plan de pose fourni par le fabricant.
Pose des poutrelles et étaiement
Les poutrelles sont positionnées sur leurs appuis. Si le plan de pose l’impose, un système d’étaiement temporaire doit être mis en place avant d’appliquer une quelconque charge sur les poutrelles. Les étais, réglés à la bonne hauteur, soutiennent des madriers de répartition (lisses hautes) placés perpendiculairement sous les poutrelles. Ce dispositif évite la flexion excessive des poutrelles sous le poids du béton frais. Selon les préconisations du plan de pose, on installe soit une file centrale d’étais, soit deux files situées au 2/5ème et 3/5ème de la portée. L’étaiement doit être correctement dimensionné, autostable et mis en place sur un support suffisamment résistant.
Mise en place des hourdis
Les entrevous sont glissés entre les poutrelles. Il convient de commencer par les extrémités (les entrevous de rive) et de progresser vers le centre. Les ouvriers doivent veiller à ce que chaque hourdis repose correctement sur les feuillures prévues à cet effet sur les côtés des poutrelles. Pour les découpes nécessaires au droit des réseaux ou des rives, des outils adaptés doivent être utilisés afin de garantir un ajustement précis et d’éviter les fuites de béton lors du coulage.
Pose du ferraillage et des réseaux
Une fois le coffrage perdu constitué par les hourdis finalisé, les gaines électriques et les canalisations de plomberie qui doivent être noyées dans la dalle sont positionnées. Le ferraillage est ensuite mis en place :
- Pose des chaînages périphériques dans les zones de rive.
- Mise en place des chapeaux en acier (droits ou crossés) sur les appuis des poutrelles.
- Déroulement du treillis soudé sur l’ensemble de la surface, en veillant à assurer un recouvrement suffisant entre les différentes nappes.
- Surélévation légère du treillis à l’aide de cales pour garantir qu’il soit parfaitement enrobé de béton au milieu de l’épaisseur de la dalle de compression.
Coulage du béton et cure
Le coulage doit être réalisé en une seule opération continue pour éviter les reprises de bétonnage qui affaibliraient la structure. Le béton, livré par camion toupie ou préparé sur place, est réparti de manière homogène sur toute la surface. Le recours à la vibration ou à un talochage soigné permet d’éliminer les bulles d’air et de garantir un contact intime entre le béton, les armatures métalliques et le sommet des poutrelles. Après le coulage, une phase de cure est nécessaire, notamment par temps chaud ou venté, pour maintenir l’humidité du béton et éviter une dessiccation trop rapide propice à la fissuration.
Les erreurs graves à éviter absolument
La mise en œuvre d’un plancher hourdis ne tolère aucune approximation sous peine de compromettre la solidité de l’ouvrage :
- Le retrait prématuré des étais : Enlever l’étaiement avant le délai réglementaire de 21 à 28 jours peut provoquer l’effondrement ou une déformation irréversible de la dalle, le béton n’ayant pas atteint sa résistance maximale.
- Un mauvais ancrage des poutrelles : Ne pas respecter la longueur d’appui minimale de 5 cm sur les murs porteurs crée un risque majeur de glissement ou de rupture locale.
- Soulever les poutrelles lors du réglage des étais : Les lisses d’étaiement doivent venir au contact de la sous-face des poutrelles sans jamais exercer de pression vers le haut, ce qui inverserait les contraintes mécaniques prévues au calcul.
- Oublier ou mal positionner le ferraillage de liaison : L’absence de chapeaux d’armature sur les appuis ou un mauvais recouvrement du treillis soudé entraîne l’apparition rapide de fissures structurelles.
Gestion des points singuliers
Certaines configurations architecturales nécessitent des dispositions constructives spécifiques qui doivent être analysées par le bureau d’études béton avant la mise en œuvre.
Réalisation des chevêtres
Lorsqu’il est nécessaire de créer une ouverture dans le plancher (pour le passage d’un escalier ou d’un conduit de cheminée), on réalise un chevêtre. Les chevêtres sont, en général, repris par des jumelages ou des triplages de poutrelles adjacentes afin de compenser la perte de support des poutrelles interrompues. Le nombre exact de poutrelles renforcées est spécifié sur le plan de préconisation de pose. Les armatures métalliques du chevêtre doivent être ancrées solidement dans le chaînage périphérique si l’ouverture se situe contre un appui de rive.
Budget et planification du chantier
La réussite d’un tel projet repose sur une planification rigoureuse qui intègre la logistique d’approvisionnement et les spécificités d’accès du chantier.
Facteurs de variation du coût
Le coût global d’un plancher poutrelle-hourdis dépend de plusieurs paramètres techniques :
- La nature des hourdis (le polystyrène expansé et les matériaux techniques biosourcés affichent un coût de fabrication supérieur aux hourdis de béton classiques).
- La portée libre du plancher (les grandes portées nécessitent des poutrelles de sections plus importantes ou renforcées en acier).
- Les conditions d’accès au chantier (la nécessité d’utiliser un camion malaxeur équipé d’une pompe à béton ou d’un tapis transporteur pour acheminer le béton influence le coût de la livraison).
- La complexité de la géométrie du plancher (présence de trémies pour escaliers, de biais ou de décrochés).
Logistique et sécurité
Le stockage des matériaux sur le chantier doit être anticipé. Les poutrelles doivent être entreposées à plat sur des cales en bois alignées verticalement pour éviter les déformations. La manipulation de ces éléments lourds nécessite des équipements de protection individuelle adaptés et, si nécessaire, des moyens de levage mécanisés.
La zone située sous le plancher en cours de montage et de coulage doit être strictement interdite d’accès tant que le béton n’a pas atteint sa résistance caractéristique minimale, ce qui requiert généralement un délai de séchage de 21 à 28 jours avant le retrait complet des étais.
Rénovation d’une grange : étude de cas
Pour illustrer l’application de ces notions, examinons le cas de la réhabilitation d’une ancienne grange en vue de créer un étage d’habitation.
Les contraintes initiales
La structure existante présentait des murs porteurs en pierre de forte épaisseur mais irréguliers. La portée libre à franchir était de cinq mètres cinquante. L’objectif était de créer un plancher capable de supporter des pièces de vie avec une bonne isolation acoustique vis-à-vis du rez-de-chaussée destiné à rester un espace technique non chauffé.
Les arbitrages techniques
Face à ces contraintes, plusieurs choix ont été opérés :
- Le type de poutrelles : Des poutrelles en béton précontraint ont été retenues pour franchir la portée de cinq mètres cinquante sans nécessiter de poteau de soutien intermédiaire au rez-de-chaussée.
- Le choix des hourdis : Afin d’assurer l’isolation thermique au-dessus de l’espace non chauffé, le choix s’est porté sur des hourdis en polystyrène expansé dotés de languettes isolantes sous les poutrelles. Pour la sécurité incendie du local technique inférieur, un parement de protection spécifique (plaques de plâtre coupe-feu) a été prévu en sous-face.
- L’adaptation aux murs anciens : Une engravure a été réalisée dans les murs en pierre pour créer une assise plane et solide en béton armé (sommier de répartition), garantissant un appui stable et de niveau pour les extrémités des poutrelles.
Le déroulement des travaux
L’installation d’un système d’étaiement central a permis de sécuriser la phase de pose des hourdis et le coulage de la dalle de compression. Le béton a été livré par toupie avec un adjuvant plastifiant pour faciliter sa mise en place autour du treillis soudé sans nécessiter d’eau excédentaire, préservant ainsi la résistance mécanique finale de l’ouvrage. Après un séchage complet de 28 jours, les étais ont été retirés, permettant d’entamer les travaux de cloisonnement à l’étage.
La pose sans étais est possible uniquement si le fabricant des poutrelles le spécifie explicitement dans son plan de pose. Cela concerne généralement des poutrelles en béton précontraint de portée limitée. Si la portée est importante ou si les poutrelles sont en béton armé classique, l’étaiement est obligatoire sous peine d’effondrement lors du coulage.
Bien que le béton commence à durcir après quelques heures, il est recommandé d’attendre au moins 24 à 48 heures avant de circuler prudemment sur la dalle pour des opérations légères. Toutefois, le retrait des étais ne doit pas intervenir avant un délai de 21 à 28 jours, période nécessaire pour que le béton ait atteint sa résistance mécanique optimale.
Pour limiter les pertes de chaleur en périphérie du plancher, on utilise des planelles de rive isolées ou des rupteurs de ponts thermiques installés entre le plancher et le mur extérieur. Ces dispositifs assurent la continuité de l’isolation thermique du bâtiment.
La création d’une trémie (pour un escalier ou un conduit de cheminée) nécessite d’interrompre certaines poutrelles. Les efforts sont alors reportés sur des poutrelles adjacentes doublées ou renforcées, ou sur une poutre transversale appelée chevêtre, qui doit être calculée et ferraillée avec rigueur.
